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Créer un paddock à brouter

Un paddock bordé de haies et d'arbustes permet au cheval de brouter des feuilles et des rameaux en plus de l'herbe. Voici comment le concevoir étape par étape, en écartant d'abord les plantes toxiques.

En bref

Un paddock à brouter associe des pistes, des haies d'essences sans danger et des zones séparées pour le repos, le foin et l'herbe. Commencez par retirer les plantes toxiques comme l'if, l'érable sycomore, le thuya ou le laurier-cerise. Plantez ensuite des essences locales comme l'aubépine, le noisetier, l'églantier ou les saules. Protégez les jeunes haies, puis ouvrez-les au broutage petit à petit, par tronçons.

Qu'est-ce qu'un paddock à brouter ?

C'est un paddock, ou une piste, bordé de haies et d'arbustes que le cheval peut brouter en plus de l'herbe et du foin. Feuilles et rameaux varient son menu et l'occupent.

Il rend aussi au cheval quelque chose qu'un grand pré plat et uniforme ne lui offre pas : la cueillette. À l'état naturel, un cheval passe ses journées à marcher, chercher et choisir, une bouchée d'herbe ici, une feuille ou une fleur là. Un paddock varié lui redonne cette part de son mode de vie.

Il combine trois éléments : des pistes pour circuler, des haies d'essences sans danger, et des zones séparées pour le repos, le foin, l'eau et l'herbe.

Bon à savoir : ce que l'on sait sur le broutage des arbres vient surtout d'études chez les vaches, les moutons et les chèvres, pas chez le cheval. Une liste d'arbres fourragers prévue pour l'élevage doit donc toujours être vérifiée pour le cheval.

Étape 1 : quels arbres et arbustes poussent déjà sur la parcelle ?

Faites le tour de tout ce qui pousse dans la parcelle et en bordure, y compris chez les voisins. Certaines plantes doivent être arrachées ou mises hors de portée avant de planter quoi que ce soit :

  • If : très dangereux, même sec.
  • Érable sycomore et érable négundo : leurs graines à l'automne et leurs jeunes pousses au printemps provoquent la myopathie atypique.
  • Haies de jardin : thuya, laurier-cerise, buis, troène.
  • Autres arbres à éviter : robinier, chênes (surtout les jeunes feuilles et les glands verts), cerisiers sauvages, marronnier et noyer.

Les feuilles fanées de certains arbres, comme les cerisiers, sont encore plus dangereuses que les fraîches. Ne jetez donc jamais de tailles de haie dans un paddock sans savoir de quel arbre elles viennent. La liste complète se trouve dans la rubrique plantes toxiques.

Étape 2 : comment dessiner les pistes et les zones ?

Partez du principe de la piste autour du pré : un couloir qui longe les haies, avec l'eau, le foin et l'abri répartis sur le parcours. Les haies se placent le long de la piste, ou en îlots que la piste contourne.

Prévoyez plusieurs zones :

  • Une zone d'hiver stabilisée, avec abri et foin (voir un paddock d'hiver sans boue).
  • Des tronçons de haie que vous ouvrez au broutage, puis refermez pour les laisser repousser.
  • Une ou plusieurs parcelles d'herbe gérées en rotation (voir faire tourner ses prés).

Pourquoi des tronçons ? Parce qu'une haie broutée en permanence s'épuise, et que le piétinement abîme le sol à son pied (observé chez les vaches).

Évitez aussi de poser une clôture juste sous une rangée d'arbres : des branches peuvent tomber lors d'une tempête, et même par temps calme en été.

Étape 3 : quelles essences choisir ?

Choisissez des essences locales, sans danger pour le cheval, et mélangez-les.

  • La base : aubépine, églantier et noisetier, avec du saule marsault ou du bouleau verruqueux. C'est un mélange proposé au Royaume-Uni pour les haies « chevaux et bétail ».
  • Pour compléter : aulnes, cornouillers, charme et saules, considérés comme plutôt sûrs près des chevaux.

Dans tous les cas, vérifiez vous-même chaque espèce avant de planter.

Côté érables, l'érable champêtre, l'érable plane et le frêne commun ne causent pas la myopathie atypique. Cela ne garantit pas qu'ils soient sans aucun effet : les feuilles fanées de l'érable rouge, une espèce américaine, sont par exemple toxiques.

Méfiez-vous des listes d'arbres fourragers écrites pour les vaches : on y trouve parfois du troène et du robinier, à exclure pour les chevaux. Le choix détaillé des espèces est dans le guide planter une haie et des arbres fourragers.

Étape 4 : comment planter et protéger la haie ?

Plantez quand les arbres sont au repos : des plants à racines nues, entre fin octobre et fin mars, en évitant le gel et les sols détrempés. Plantez en double rang, en quinconce.

En Wallonie : une aide à la plantation

La Région wallonne subventionne la plantation de haies (Natagriwal vous renseigne). Les règles donnent de bons repères, même sans subvention :

  • Espacement : 70 cm au maximum entre deux plants d'un même rang, 70 à 150 cm entre les rangs.
  • Mélange : au moins trois espèces, aucune ne dépassant la moitié des plants.
  • Longueur : au moins 100 m de haie (20 m en zone d'habitat).
  • Calendrier : la demande se fait avant de planter.

Tenir les chevaux à distance des jeunes plants

Pour les vaches, on conseille une clôture électrique à 1 m de la ligne de plantation. Un cheval tend loin l'encolure : vérifiez sur place qu'il n'atteint pas les plants.

Pour un arbre isolé, protégez le tronc assez loin pour que le cheval ne l'atteigne pas encolure tendue. Évitez le grillage à poules : le cheval peut le mâchonner et se blesser.

Étape 5 : quand et comment ouvrir les haies aux chevaux ?

Attendez que la haie soit bien installée, et ouvrez-la par tronçons. Il n'existe pas de délai précis pour les chevaux : regardez si les plants ont bien pris et si les repousses sont vigoureuses.

Entretenir la haie

  • Taillez un seul côté à la fois, tous les deux ou trois ans.
  • Respectez les oiseaux : évitez la période de nidification, de mars à fin août. En Wallonie, les haies subventionnées ne se taillent pas entre le 1er avril et le 31 juillet.
  • Recyclez les tailles : les branches d'essences sûres et bien identifiées peuvent être données aux chevaux.

Ne donnez jamais de robinier : d'après des pépiniéristes spécialisés, quelques grammes d'écorce peuvent mettre la vie du cheval en danger (expérience de terrain).

En été sec, les haies deviennent une ressource d'appoint (voir préparer son pré à la sécheresse). Mais chez les vaches et les moutons, on a vu les animaux en manger trop dans ces périodes : surveillez la pression sur la haie.

Comment laisser votre cheval chercher et choisir ?

Chercher sa nourriture occupe le cheval, le fait bouger et réfléchir. Les propriétaires qui pratiquent cette « cueillette » décrivent des chevaux plus calmes et plus curieux, parfois des chevaux craintifs qui prennent confiance (expérience de terrain). Une étude a aussi observé qu'avec plusieurs fourrages au choix plutôt qu'un seul, les chevaux passaient moins de temps à chercher autre chose à manger (observé chez le cheval).

Pas besoin d'un grand terrain ni de matériel coûteux :

  • Plusieurs petits bacs : posez-les à différents endroits, chacun avec une plante séchée sûre différente, et laissez le cheval faire sa tournée et choisir. Changez les emplacements.
  • Du foin entre des piquets : glissez un peu de foin entre quelques piquets solides plantés à des hauteurs différentes. Le cheval doit chercher comment l'attraper, change de position et varie sa posture pour manger. Les piquets doivent être bien fixés, assez espacés et sans arête vive.
  • Des branches coupées d'essences sûres, posées au sol ou accrochées à hauteur de tête.
  • Le jardin aussi : dans les bordures et les coins verts accessibles, plantez des herbes, plantes et arbustes que les chevaux peuvent manger sans danger.

Proposez uniquement des plantes que vous connaissez et qui sont sûres pour le cheval, en petites quantités : voir la liste des plantes et le guide utiliser les plantes sans risque. Pour un cheval sujet à la fourbure ou atteint du SME, restez sur des plantes pauvres en sucres.

Quels réflexes de sécurité garder ?

  • Étiquetez chaque essence plantée et gardez le plan de plantation.
  • Surveillez les semis spontanés, surtout les jeunes pousses d'érable sycomore au printemps.
  • Inspectez les arbres après chaque tempête et retirez les branches tombées.
  • Appelez le vétérinaire sans attendre au moindre doute d'intoxication.

Questions fréquentes

Peut-on transformer une haie existante en haie à brouter ?

Oui, après avoir identifié toutes les espèces. Retirez ou isolez les plantes toxiques, puis ouvrez la haie par tronçons pour qu'elle ne s'épuise pas.

Le troène peut-il faire partie d'une haie à brouter ?

Non. On le trouve dans certaines listes d'arbustes pour les vaches, mais il est à exclure pour les chevaux (voir la fiche troène).

L'érable champêtre est-il dangereux pour le cheval ?

Il ne cause pas la myopathie atypique, contrairement à l'érable sycomore et à l'érable négundo. Mais les érables se ressemblent : identifiez chacun avec certitude avant d'ouvrir l'accès.

À quelle distance clôturer une jeune haie ?

Comptez au moins 1 m de la ligne de plantation, puis vérifiez sur place : un cheval qui tend l'encolure ne doit pas atteindre les plants.

Existe-t-il une aide pour planter une haie en Wallonie ?

Oui. La Région wallonne subventionne la plantation de haies, avec un montant au mètre selon le nombre de rangs, une longueur minimale et des règles de mélange d'espèces. Faites la demande avant de planter.

Pourquoi laisser mon cheval chercher et choisir ce qu'il mange ?

Parce que c'est son mode de vie naturel : marcher, chercher, choisir. Quelques bacs de plantes sûres à différents endroits, du foin glissé entre des piquets ou des branches à grignoter l'occupent, le font bouger et rendent son quotidien plus riche.

Sources

Woodland Trust, « Horse and livestock hedgerow tree pack » : shop.woodlandtrust.org.uk

Penn State Extension, Koch K., « Planting riparian buffers safe for horses » (mise à jour 2026) : extension.psu.edu

Penn State Extension, Kenny L., « Trees in Horse Pastures » (mise à jour 2024) : extension.psu.edu

IFCE, Equipedia, poster « Myopathie atypique » (2019) : equipedia.ifce.fr

Ministère de l'Agriculture de l'Ontario, « Les principales intoxications des chevaux dues aux plantes et leur investigation » (2022, mise à jour 2025) : ontario.ca

Chambre d'agriculture de la Mayenne, « Diversifier ses ressources fourragères avec le pâturage de ligneux » (2020) : chambres-agriculture.fr

« Les fourrages ligneux : synthèse de données sur le projet SARBIVOR » (2024) : agroforesterie.fr

Emile J.-C., Barre P., Delagarde R. et al., « Les arbres, une ressource fourragère au pâturage pour des bovins laitiers ? », Fourrages n° 230 (2017) : agroforst.ch

New Forest Land Advice Service, « Horses, Hedges and Edges » : newforestnpa.gov.uk

Parc naturel régional des Caps et Marais d'Opale, « Agroforesterie : comment planter des arbres et des haies dans des prairies » : parc-opale.fr

Natagriwal, « Haie d'honneur aux arbres et vergers », brochure sur les subventions wallonnes (version 10/2022) : durbuy.be (copie communale)

Bethelot M., Levaillant C. M., Peyrille S., Descheemaker L., « Arbres et équidés : des alliés oubliés » (2026) : equivegetal.fr

Goodwin D., Davidson H. P. B., Harris P., Foraging enrichment for stabled horses: effects on behaviour and selection, Equine Veterinary Journal, 2002

Photo : New Forest pony 01, R J Higginson, Wikimedia Commons, CC BY 3.0

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