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Fourbure

La fourbure est une affection douloureuse et potentiellement grave qui affecte les sabots des chevaux. Elle se manifeste par une inflammation des structures internes du sabot, entraînant douleur, boiterie, et dans les cas graves, des dommages irréversibles.

En bref — ce qu'il faut retenir sur la fourbure

  • Urgence vétérinaire absolue : appeler le vétérinaire dès les premiers signes. Plus la prise en charge est précoce, plus les dégâts sur la phalange (os du pied) sont limités.
  • Ce que c'est : une inflammation des lamelles qui relient la paroi du sabot à la troisième phalange. Si elle n'est pas stoppée, l'attache cède : la phalange peut basculer ou s'enfoncer (rotation / bascule de P3).
  • Cause la plus fréquente : contrairement à l'idée reçue, ce n'est pas « trop d'herbe » en premier — c'est un trouble métabolique (syndrome métabolique équin, maladie de Cushing) qui rend le cheval hypersensible aux sucres.
  • Les plantes sont en soutien, pas en traitement : reine-des-prés, vigne rouge, chrysantellum, lithothamne, chardon-marie, harpagophytum — chacune joue un rôle précis, mais jamais en remplacement du protocole vétérinaire.

⚠️ Urgence vétérinaire : que faire immédiatement ?

Si votre cheval refuse d'avancer, déplace son poids d'un pied à l'autre, campe les antérieurs vers l'avant pour soulager les talons, ou présente des sabots chauds avec un pouls digité marqué, il s'agit d'une urgence.

  • Arrêter tout déplacement : ne pas faire marcher le cheval, même pour « essayer de débloquer ». Chaque pas aggrave la lésion lamellaire.
  • Retirer l'accès à l'herbe et aux céréales : mettre en boxe sur litière très épaisse (paille ou copeaux profonds, 30 cm minimum) pour que le cheval puisse s'asseoir et soulager ses pieds.
  • Appeler le vétérinaire : c'est lui qui posera le diagnostic, évaluera la gravité (stade d'Obel 1 à 4), prescrira les anti-inflammatoires et demandera éventuellement des radiographies pour vérifier la position de la troisième phalange.
  • Refroidir les pieds en phase aiguë : sur prescription vétérinaire, l'application de glace ou d'eau froide en continu pendant les 48 à 72 premières heures a démontré un effet protecteur sur la lamelle (données Pollitt et Van Eps, référencées dans les protocoles RESPE).

Qu'est-ce que la fourbure ?

La fourbure (ou laminitis en anglais) est une inflammation des lamelles du pied, ces structures microscopiques en forme de feuillets qui relient la paroi cornée du sabot à la troisième phalange, l'os situé à l'intérieur du pied.

Ces lamelles sont soumises en permanence à la tension générée par le poids du cheval. Quand elles s'enflamment, leur tissu conjonctif s'affaiblit, l'attache lâche, et la troisième phalange perd son accroche. Deux issues sont alors possibles :

  • La rotation : la pointe de la phalange bascule vers la sole, qui peut se perforer dans les cas les plus graves.
  • La bascule ou enfoncement : la phalange descend verticalement dans le sabot. C'est le pronostic le plus sombre.

La fourbure peut toucher un seul pied (souvent lors d'une surcharge mécanique) ou les quatre simultanément, mais elle affecte le plus fréquemment les antérieurs, qui supportent naturellement 60 % du poids du cheval.

Reconnaître les signes d'alerte

Les symptômes varient selon la gravité. L'échelle d'Obel, utilisée par les vétérinaires, classe la fourbure en 4 stades :

  • Stade 1 : au repos, le cheval reporte alternativement son poids d'un antérieur à l'autre. Pas de boiterie nette à l'œil.
  • Stade 2 : le cheval marche avec raideur mais accepte de se déplacer. Il hésite à tourner, préfère les virages larges.
  • Stade 3 : très réticent à bouger. Il faut le pousser pour chaque pas. Il campe les antérieurs vers l'avant pour reporter le poids sur les talons.
  • Stade 4 : refus total de se déplacer, le cheval reste couché longuement, refuse de se lever.

Autres signes à surveiller : chaleur anormale des sabots atteints, pouls digité marqué (on sent les artères battre fort au niveau du paturon), réaction douloureuse à la pince à sonder sur la sole, tremblements musculaires au niveau des épaules.

Les 3 phases évolutives

Phase aiguë (0 à 72 h)

C'est la fenêtre critique. Les lamelles sont enflammées mais encore en place. L'objectif est de stopper l'inflammation avant que l'attache ne cède. Traitement par anti-inflammatoires (phénylbutazone ou flunixine sur prescription), cryothérapie continue, immobilisation stricte, litière profonde.

Phase subaiguë (3 à 7 jours)

Si la crise a été jugulée à temps, le cheval commence à se déplacer plus facilement. Attention : l'absence de douleur ne signifie pas la guérison. Les lamelles restent fragiles plusieurs semaines. Le cheval doit rester au box avec parage correctif progressif.

Phase chronique (au-delà de 7 jours)

Si la phalange a bougé, on parle de fourbure chronique. Le pronostic dépend alors de l'ampleur de la rotation ou de la bascule, visible à la radiographie. Le suivi maréchalerie devient central : ferrures orthopédiques spécifiques (fers à planche, fers inversés, plaques de protection) adaptées à chaque pied.

Causes de la fourbure : classer par fréquence réelle

La littérature vétérinaire actuelle (études IFCE et RESPE) montre que les causes métaboliques et endocriniennes représentent 70 à 90 % des cas de fourbure en clientèle. L'image populaire du « cheval qui a trop mangé d'herbe » est réductrice : c'est presque toujours un terrain métabolique sous-jacent qui fait déclencher la crise quand le cheval accède à une herbe riche.

Causes endocrinopathiques (les plus fréquentes)

  • Syndrome métabolique équin (SME) : insulinorésistance, souvent associée à un surpoids ou à une répartition de graisse anormale (encolure épaisse, dépôts sur la croupe). Les chevaux atteints réagissent de façon démesurée aux sucres alimentaires.
  • Maladie de Cushing (PPID) : dérèglement hypophysaire fréquent chez les chevaux âgés de plus de 15 ans. Les pics de cortisol induits par la maladie fragilisent les lamelles et augmentent le risque de fourbure, même chez un cheval au pré.

Causes alimentaires aiguës

  • Accès soudain à une herbe riche : printemps, après une gelée, ou en fin de journée ensoleillée (pic de fructanes). Particulièrement dangereux chez les chevaux non habitués ou à terrain métabolique fragile.
  • Surcharge en céréales : accès accidentel au bac d'aliments, ou ration trop riche en amidon. L'excès de glucides fermente dans le gros intestin, produit des endotoxines qui passent dans la circulation et déclenchent l'inflammation lamellaire.

Causes mécaniques (fourbure de soutien)

Un cheval qui boite fortement d'un membre reporte tout son poids sur le membre opposé. Au bout de plusieurs jours ou semaines, ce membre « sain » peut développer une fourbure de surcharge. C'est une complication redoutée des fractures et des tendinites graves.

Causes inflammatoires / infectieuses

  • Rétention placentaire post-poulinage
  • Coliques avec endotoxémie, diarrhée sévère
  • Pneumonie, septicémie, toute infection généralisée

Causes iatrogènes

L'administration prolongée ou à forte dose de corticoïdes (injections articulaires, traitements de dermatite chronique) peut déclencher une fourbure. À discuter systématiquement avec le vétérinaire avant un traitement long.

Gestion alimentaire : la règle d'or

L'alimentation est le levier n°1 pour récupérer et prévenir les rechutes. Les principes fondamentaux :

  • Supprimer totalement les céréales et aliments industriels sucrés : orge, avoine, floconés, granulés performance. Même les aliments vendus comme « complets » peuvent contenir plus de 15 % d'amidon.
  • Retirer l'accès à l'herbe pendant toute la phase aiguë et la convalescence (plusieurs semaines à plusieurs mois). La remise au pré se fait très progressivement, avec muselière broute-frein, sur herbe rase, idéalement en fin de nuit (les fructanes sont au plus bas le matin).
  • Fourrage faible en sucre : privilégier les foins tardifs, récoltés sur prairies naturelles pauvres. Faire tremper le foin 30 minutes dans de l'eau froide réduit la teneur en sucres solubles d'environ 30 %.
  • Cibler moins de 10 % de NSC (sucres + amidon) dans la ration totale. En cas de doute, faire analyser le foin.
  • Ration de base : foin trempé à volonté ou à 1,5 % du poids du cheval en matière sèche, complément minéral vitaminé sans mélasse, un peu de son de blé ou de luzerne pauvre pour le liant.

Parage et maréchalerie

En phase aiguë, le vétérinaire et le maréchal travaillent ensemble pour soulager les lamelles :

  • Retirer les fers pour éviter les vibrations transmises par le sol
  • Installer des plaques de protection (type EVA, chaussons cliniques) pour amortir
  • En phase chronique, poser une ferrure orthopédique adaptée : fer à planche, fer inversé, fer à branches désaxées selon la position de la phalange à la radio
  • Les parages sont souvent rapprochés (toutes les 4 à 6 semaines) pour suivre la repousse

Les plantes en soutien de la fourbure

Les plantes décrites ci-dessous interviennent en complément du protocole vétérinaire et alimentaire, jamais en remplacement. Certaines présentent des précautions d'emploi qu'il faut connaître.

Reine-des-prés (Filipendula ulmaria)

Plante salicylée par excellence, elle contient des dérivés de l'acide salicylique (l'ancêtre de l'aspirine). Action anti-inflammatoire et antalgique via l'inhibition des prostaglandines. Traditionnellement utilisée pour les douleurs articulaires et lamellaires.

⚠️ Précaution majeure : ne jamais associer à des anti-inflammatoires vétérinaires (phénylbutazone, flunixine, méloxicam) — l'effet additif augmente le risque d'ulcérations gastriques et de toxicité rénale. À utiliser soit en relais, soit en prévention, toujours en coordination avec votre vétérinaire.

Vigne rouge (Vitis vinifera)

Ses feuilles concentrent des OPC (oligomères proanthocyanidoliques), des flavonoïdes qui renforcent la résistance des capillaires et améliorent la microcirculation du pied. Particulièrement utile en phase de convalescence et de prévention des rechutes. La vigne rouge contribue à restaurer la vascularisation lamellaire et à évacuer les médiateurs inflammatoires résiduels.

Chrysantellum americanum

Plante d'Afrique de l'Ouest, riche en flavonoïdes (chrysoeriol) et saponines. Triple action pertinente pour la fourbure : microcirculation (active le retour veineux digital), drainage lymphatique, et protection hépatique. Cette dimension hépatique est intéressante quand la fourbure est liée à un terrain métabolique : le foie est souvent surchargé par l'insulinorésistance.

Lithothamne (Lithothamnium calcareum)

Cette algue rouge calcifiée est naturellement riche en carbonate de calcium et de magnésium. Elle tamponne l'acidité métabolique, phénomène clé dans les fourbures d'origine alimentaire où l'excès de fermentation dans le gros intestin entraîne une acidose systémique. À intégrer à la ration en poudre pendant toute la phase de récupération.

Chardon-Marie (Silybum marianum)

Sa silymarine est l'hépatoprotecteur végétal le mieux documenté. Indiqué particulièrement chez les chevaux fourbus de terrain métabolique (SME, Cushing) dont le foie est chroniquement sollicité par l'insulinorésistance, et chez ceux recevant des traitements longs (corticoïdes, pergolide). Il soutient la fonction hépatique sans interférer avec les médicaments.

Harpagophytum (Harpagophytum procumbens)

Ses harpagosides ont une action antalgique et anti-inflammatoire démontrée, utile pour accompagner la douleur des fourbures chroniques.

⚠️ Précaution : l'harpagophytum peut irriter la muqueuse gastrique. Or, les chevaux fourbus présentent fréquemment des ulcères gastriques concomitants, liés au stress, au confinement et aux anti-inflammatoires vétérinaires. À éviter en phase aiguë et chez les chevaux à antécédent d'ulcères. À n'utiliser qu'en phase chronique, hors épisode douloureux aigu, et en coordination vétérinaire.

Prévention long terme : identifier et traiter le terrain

La fourbure récidive chez un cheval à terrain non maîtrisé. La prévention passe par trois piliers :

  • Dépister la cause profonde : test de tolérance au glucose, dosage ACTH pour le Cushing, bilan lipidique. Ces examens permettent d'orienter la prise en charge de fond.
  • Gérer le pâturage toute l'année : muselière broute-frein, paddock sec (paradise paddock), limitation des sorties aux heures de fructanes bas, surveillance accrue au printemps et après les gelées.
  • Maintenir une activité physique régulière : l'exercice améliore la sensibilité à l'insuline et limite la prise de poids. Même 30 minutes de marche quotidienne font une différence mesurable.

FAQ

La fourbure est-elle toujours grave ?

Une fourbure prise au stade 1 ou 2, traitée dans les 24 premières heures, peut évoluer favorablement sans séquelle. Passé 72 heures sans prise en charge, le risque de rotation de la phalange augmente fortement, et les séquelles deviennent probables. L'élément déterminant est le délai d'intervention.

Combien de temps dure une fourbure ?

La phase aiguë dure 3 à 7 jours. La phase subaiguë et la convalescence active prennent 4 à 8 semaines. En cas de fourbure chronique avec rotation, la rééducation peut s'étendre sur 6 à 12 mois, voire devenir un suivi à vie selon le degré de déformation.

Peut-on remettre un cheval fourbu au pré ?

Oui, mais jamais en libre accès. La remise se fait par paliers, avec muselière broute-frein, aux heures où les fructanes sont au plus bas (fin de nuit jusqu'à 10 h du matin, hors journées très ensoleillées). Un cheval avec antécédent de fourbure doit être considéré à risque à vie.

Les plantes peuvent-elles remplacer le vétérinaire ?

Non, jamais. La fourbure en phase aiguë est une urgence médicale. Les plantes apportent un soutien en phase de convalescence (microcirculation, drainage, protection hépatique) et en prévention, mais ne remplacent ni les anti-inflammatoires, ni la cryothérapie, ni le parage correctif.

Mon cheval a déjà eu une fourbure : comment éviter la récidive ?

Faire dépister un éventuel Cushing ou syndrome métabolique (prises de sang ciblées). Adapter l'alimentation durablement (moins de 10 % de NSC), contrôler le poids, limiter le pâturage avec muselière, maintenir une activité régulière. Une cure saisonnière de vigne rouge et chrysantellum au printemps et à l'automne peut soutenir la microcirculation.

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