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L'Herboristerie Équine
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Reconnaître un bon foin et lire son analyse

Avant même l'analyse, vos yeux, votre nez et vos mains disent beaucoup d'un foin : odeur, poussière, couleur, feuilles. Voici comment reconnaître un bon foin, choisir celui qui convient à votre cheval, puis lire son analyse.

En bref

Un bon foin sent bon le foin, ne fait pas de nuage de poussière quand on le secoue, reste plutôt vert et garde beaucoup de feuilles souples. Une odeur de moisi, de caramel ou de brûlé, de la poussière, des taches blanches ou grises : passez votre chemin. Choisissez ensuite selon le cheval : un foin riche et feuillu pour une poulinière ou un cheval au travail, un foin plus fibreux pour un cheval qui grossit facilement. Pour connaître sa teneur exacte en sucres et en protéines, faites-le analyser dans un laboratoire agricole, en lisant toujours les valeurs sur matière sèche.

Pourquoi le choix du foin compte autant ?

Le foin est la base de la ration, souvent plusieurs kilos par jour et pendant des mois. Un foin poussiéreux fait tousser, un foin moisi peut rendre malade, un foin trop riche fait grossir ou expose à la fourbure. À l'inverse, un bon foin, adapté à votre cheval, évite bien des soucis.

Bonne nouvelle : vos yeux, votre nez et vos mains en disent déjà beaucoup. L'analyse en laboratoire vient ensuite, pour savoir précisément ce qu'il contient.

Comment reconnaître un bon foin ?

Ouvrez une botte, prenez une poignée au cœur (pas seulement à l'extérieur) et passez-la en revue.

L'odeur

C'est le premier test, et le plus parlant. Une étude suisse publiée en 2025 a montré qu'une odeur anormale est le meilleur signe d'un foin poussiéreux.

  • Bon : une odeur agréable, « de foin », légèrement sucrée.
  • À éviter : une odeur de moisi, de renfermé ou de cave. Le foin contient très probablement des moisissures.
  • Suspect : une odeur de caramel, de tabac ou de brûlé. Le foin a chauffé après le pressage, souvent parce qu'il était encore humide. Il a perdu de sa valeur et peut avoir moisi.

La poussière

Secouez doucement la poignée devant vous, idéalement à contre-jour. Un nuage de poussière fine signale souvent des spores de moisissures. C'est le foin qui fait tousser, surtout les chevaux sensibles des voies respiratoires.

La couleur

  • Vert : signe d'un foin bien séché, rentré au bon moment.
  • Jaune pâle à l'extérieur, vert à l'intérieur : la surface a été décolorée par le soleil. Ce n'est pas grave.
  • Brun : le foin a pris la pluie ou a chauffé. Il vaut moins et mérite de vérifier l'odeur.
  • Taches blanches, grises ou noires : des moisissures. Ne donnez pas ces bottes.

Les feuilles et les tiges

Les feuilles concentrent l'essentiel de la valeur nutritive. Un bon foin a beaucoup de feuilles, souples, qui restent attachées aux tiges.

  • Beaucoup de tiges dures et d'épis pleins de graines : l'herbe a été fauchée tard. Le foin est pauvre et peu appétent ; des tiges très dures peuvent même blesser la bouche.
  • Beaucoup de feuilles, des tiges fines, peu d'épis : fauche précoce. Le foin est plus riche.
  • Des feuilles qui partent en miettes : le foin a été pressé trop sec. Il perd une partie de sa valeur.

Au toucher

  • Bon : sec, souple, agréable à prendre en main.
  • À éviter : un foin moite, humide ou froid au cœur, ou au contraire chaud dans une botte récente. Il risque de moisir et, dans un grand stock, de chauffer jusqu'à prendre feu.

Ce qu'il y a dedans

Regardez aussi ce qui ne devrait pas s'y trouver :

  • Des plantes toxiques : certaines restent dangereuses une fois sèches, comme le séneçon jacobée. Voir la rubrique plantes toxiques.
  • Des chardons ou des ronces : ils piquent la bouche et le cheval laisse son foin.
  • Des restes d'animaux : un cadavre pris dans une botte peut provoquer un botulisme, souvent mortel. Écartez toute la botte.
  • De la terre, du plastique, de la ficelle.

Foin de l'année ou de l'année d'avant ?

Quand on débute, on entend parler de « foin nouveau », de « foin de l'année » ou de « foin N-1 », et chacun a son avis. Bonne nouvelle : l'âge du foin compte moins que la façon dont il a été pressé et stocké.

Le foin nouveau, juste récolté

On entend souvent qu'il faut laisser le foin « ressuer » quelques semaines avant de le donner. C'est surtout une tradition. Un foin bien sec au moment du pressage peut être donné tout de suite : le garder plus longtemps ne le rend pas meilleur. La vraie question est donc : était-il bien sec quand il a été pressé ?

  • Pressé bien sec : il peut être donné dès la récolte, en faisant une transition avec l'ancien foin.
  • Pressé un peu humide : il continue de « travailler » dans la botte, de quelques jours à quelques semaines, et il chauffe. Il risque de moisir et, dans un grand stock, de prendre feu. Attendez et surveillez.
  • Le test simple : ouvrez une botte et glissez la main au cœur. Si c'est tiède ou chaud, ne la donnez pas.

Si vous voulez faire analyser un foin nouveau, attendez un peu plus de deux semaines après le pressage : le résultat sera plus fiable.

Le foin de l'année d'avant

Bien stocké, au sec et à l'abri du soleil, un foin d'un an garde l'essentiel de sa valeur. Il perd un peu de matière, surtout dans les deux premiers mois, puis presque plus rien. Ses protéines et son énergie restent proches de celles d'un foin de quelques mois.

Ce qu'il perd vraiment :

  • Des vitamines : la vitamine A (sous forme de carotène) et la vitamine E. Une grande partie disparaît déjà au séchage, puis le stock continue de baisser au fil des mois. Pour un cheval qui ne va plus au pré et mange du foin ancien, parlez d'un complément vitaminé avec votre vétérinaire.
  • L'odeur de foin frais : elle s'estompe avec le temps, sans que les protéines ou l'énergie baissent pour autant.
  • Sa propreté, s'il est mal stocké : posé à même le sol, dans un grenier mal aéré ou sous une bâche qui fuit, il prend l'humidité, moisit et devient poussiéreux. Ce n'est pas l'âge qui pose problème, c'est le stockage.

Que demander au vendeur ?

  • La date de fauche : l'année et, si possible, le mois.
  • Première ou deuxième coupe : la deuxième coupe (le regain) est souvent plus feuillue et plus riche ; une première coupe fauchée tard est plus fibreuse.
  • Le stockage : sous hangar, sur palettes, à l'abri de la pluie et du soleil ?
  • Une analyse, s'il en a une.

Dans tous les cas, faites les tests de l'odeur, de la poussière et du toucher décrits plus haut. Un foin d'un an bien conservé vaut mieux qu'un foin de l'année poussiéreux ou pressé humide.

Passer de l'un à l'autre

Ancien ou nouveau, un foin d'une autre récolte est un changement de ration. Faites la transition progressivement, comme expliqué dans la partie suivante.

Trop riche ou trop pauvre : quel foin pour quel cheval ?

Il n'y a pas un « bon foin » pour tous les chevaux. Tout dépend de celui qui le mange.

  • Foin riche (fauche précoce, très feuillu, beaucoup de trèfle ou de luzerne, foin de regain) : utile pour une jument qui allaite, un jeune ou un cheval qui travaille beaucoup. À éviter pour un cheval en surpoids, sujet à la fourbure ou atteint du syndrome métabolique équin (SME).
  • Foin plus fibreux (fauche plus tardive, plus de tiges) : bien adapté à un cheval au repos ou qui grossit facilement. Il doit rester propre et sans poussière.
  • Foin trop pauvre (très tardif, jaune-brun, que des tiges) : il cale mais nourrit peu. Un cheval âgé ou maigre aura du mal à s'en contenter.

Changer de foin en douceur

Un changement brusque, surtout vers un foin plus riche, peut ramollir les crottins ou provoquer de la diarrhée ou des coliques. Mélangez l'ancien et le nouveau foin sur une à deux semaines. Si les crottins deviennent mous, si le cheval tousse ou boude son foin, regardez d'abord le foin.

Faire analyser son foin : quand et comment ?

L'œil et le nez repèrent un foin sale ou abîmé, mais pas sa richesse exacte. Deux foins qui se ressemblent peuvent être très différents en sucres ou en protéines. L'analyse devient vraiment utile pour un cheval sujet à la fourbure, en surpoids ou atteint du SME, une poulinière, ou quand vous achetez un gros lot sans le connaître.

Prélever un bon échantillon

  • Prélevez dans au moins 10 grosses bottes ou 20 petites d'un même lot (même parcelle, même jour de fauche).
  • Utilisez une sonde de carottage, qui va au cœur de la botte. Une poignée arrachée en surface ne représente pas le lot.
  • Mélangez les prélèvements dans un seau propre et envoyez le tout dans un sachet hermétique.
  • Précisez au laboratoire que le foin est destiné à des chevaux.

Où faire analyser son foin ?

En Wallonie, les laboratoires agricoles provinciaux du réseau Requasud analysent les fourrages. La liste à jour se trouve sur la page laboratoires du réseau Requasud. On y trouve notamment :

  • le Centre provincial de l'agriculture et de la ruralité à La Hulpe (Brabant wallon) ;
  • l'Office provincial agricole à Ciney (Namur) ;
  • la Station provinciale d'analyses agricoles à Tinlot (Liège) ;
  • Hainaut Analyses à Ath et Agro-Qualité à Soignies (Hainaut) ;
  • le Centre de Michamps à Bastogne (Luxembourg).

En France, adressez-vous à votre Chambre d'agriculture ou au laboratoire départemental d'analyses. Certains ont une offre pour les chevaux, comme le laboratoire LARCA de la Chambre d'agriculture des Pays de la Loire.

Avant d'envoyer, vérifiez ce que comprend l'offre : toutes n'incluent pas les sucres. Pour un cheval à risque, demandez-les explicitement.

Comment lire son analyse ?

Pas besoin de tout comprendre. Voici les lignes qui comptent.

1. Regardez la colonne « matière sèche »

Le bulletin donne souvent deux colonnes : « brut » ou « matière fraîche » (avec l'eau) et « sur matière sèche » (sans l'eau). Lisez toujours la seconde, c'est elle qui permet de comparer deux foins. La matière sèche elle-même doit tourner autour de 85 % : en dessous, le foin est trop humide et risque de moisir.

2. Les protéines

Elles apparaissent sous le nom de MAT (matières azotées totales), de protéines brutes ou, en France, de MADC (la part digestible pour le cheval). Pour un foin de prairie, comptez environ 8 à 14 % de protéines brutes ; un cheval adulte au repos a besoin d'environ 10 %. Un foin de légumineuses (luzerne, trèfle) en contient beaucoup plus.

3. Les fibres et la digestibilité

Plus les fibres sont élevées, moins le foin est digeste. Selon les laboratoires, vous trouverez :

  • NDF et ADF : une NDF sous 65 % et une ADF sous 45 % sont généralement de bons repères. Au-delà, le cheval risque de bouder son foin.
  • Cellulose brute : c'est ce qu'affichent souvent les laboratoires belges. Plus elle est haute, plus le foin est fibreux. Comparez-la à la moyenne que le laboratoire indique à côté.
  • Digestibilité : la part du foin qui est digérée, souvent estimée pour les bovins. Elle reste utile pour comparer deux foins : plus elle est basse, plus le foin est « léger ».

4. Les sucres

C'est la ligne à surveiller pour un cheval sujet à la fourbure ou atteint du SME. Selon les laboratoires, vous verrez :

  • WSC : les sucres solubles dans l'eau, fructanes compris ;
  • ESC : les sucres simples, une partie des WSC ;
  • amidon : en général peu présent dans le foin ;
  • NSC : le total des sucres et de l'amidon, calculé différemment selon les laboratoires.

Attention : les bulletins standards n'incluent pas toujours les sucres. L'« extractif non azoté » que l'on voit sur certains bulletins belges est un calcul qui mélange sucres, amidon et une partie des fibres : il ne remplace pas une mesure des sucres. Pour un cheval à risque, demandez les WSC ou les NSC en plus.

Plusieurs universités conseillent de rester sous 10 à 12 % de NSC pour un cheval à risque. Ce seuil n'est pas un consensus : le bon niveau se fixe avec votre vétérinaire. Pour un foin trop riche, le trempage peut aider ; voyez la durée avec lui. Consultez aussi la rubrique Prévenir.

5. Les minéraux

Vérifiez surtout que le calcium dépasse le phosphore. Un rapport d'environ 1,5 à 2 pour 1 est un bon repère. Les oligo-éléments (cuivre, zinc, sélénium) ne sont pas toujours dosés et le sélénium est difficile à mesurer de façon fiable.

6. Les lignes pour les vaches

Beaucoup de bulletins belges sont pensés pour les bovins. Les lignes VEM, VEVI, DVE et OEB servent à calculer une ration de vaches laitières ou de bovins viandeux : ignorez-les pour un cheval.

Un exemple réel : le foin d'un paddock paradise en Brabant wallon

Voici l'analyse d'un foin de prairie récolté en mai 2026 et analysé au laboratoire provincial de La Hulpe. Il nourrit une écurie en paddock paradise où vivent surtout des poneys en surpoids : l'objectif était justement un foin léger. Toutes les valeurs ci-dessous sont sur matière sèche ; entre parenthèses, la moyenne des foins analysés par le laboratoire.

  • Matière sèche : 86 %. Le foin est bien sec et se conservera bien.
  • Protéines brutes : 7,5 % (moyenne 11 %). C'est peu, sous les besoins d'un cheval adulte au repos.
  • Cellulose brute : 31,8 % (moyenne 30,1 %). Un foin plutôt fibreux.
  • Digestibilité : 52 % (moyenne 66 %). Un foin peu digeste, donc peu énergétique : c'est ce qu'on cherche pour des poneys qui grossissent facilement.
  • Cendres insolubles : 52 g par kg, la moitié des cendres totales, avec beaucoup de fer. C'est souvent le signe de terre ramassée à la fauche.
  • Minéraux : phosphore, calcium, cuivre et zinc jugés « pauvres » par le laboratoire. Le calcium dépasse bien le phosphore (rapport de 4,1), mais surtout parce que le phosphore est très bas.
  • Sucres : non mesurés. C'est justement la valeur qui manque pour des poneys à risque de fourbure.
Bulletin d'analyse de foin, page 1 : composition et valeurs nutritives (données personnelles masquées)
Un vrai bulletin d'analyse de foin, page 1. Nom, adresse et signature masqués.
Bulletin d'analyse de foin, page 2 : minéraux et appréciations du laboratoire (données personnelles masquées)
Page 2 du même bulletin.

Ce qu'on en retient

  • Pour les poneys en surpoids : un foin pauvre et fibreux convient bien, à condition de vérifier les sucres et de compléter les minéraux manquants.
  • Pour une jument qui allaite : ce foin ne suffit pas. Dans cette écurie, une jument allaitante en poids normal avait accès 24 h sur 24 à des prairies elles aussi pauvres. Sa ration a donc été fortement complétée : luzerne, tourteau de soja et un aliment concentré pour poulinières, orienté soutien musculaire. Ce type d'ajustement se décide avec le vétérinaire ou un nutritionniste.

Un même foin peut donc être parfait pour un cheval et insuffisant pour un autre. C'est tout l'intérêt de l'analyse.

Pour la quantité de foin à donner chaque jour, voir la page Nourrir. Pour gérer l'herbe au pré, voir faire tourner ses prés.

Questions fréquentes

Comment savoir si un foin est bon pour un cheval ?

Sentez-le, secouez-le et regardez-le. Un bon foin sent bon le foin, ne fait pas de nuage de poussière quand on le secoue, reste plutôt vert et garde beaucoup de feuilles souples. Une odeur de moisi, de la poussière ou des taches blanches ou grises : ce foin n'est pas à donner.

Un foin jaune est-il mauvais ?

Pas forcément. Si seul l'extérieur de la botte est décoloré par le soleil et que l'intérieur reste vert et sent bon, il est bon. Un foin brun ou jaune partout a pris la pluie ou a été fauché tard : il vaut moins.

Un foin poussiéreux est-il dangereux ?

Il fait tousser, surtout les chevaux sensibles des voies respiratoires, car la poussière contient souvent des spores de moisissures. Évitez-le, en particulier pour un cheval qui tousse ou vit au box.

Quel foin pour un cheval en surpoids ou atteint du SME ?

Un foin plus fibreux, fauché plus tard, avec plus de tiges, mais toujours propre. Faites-le analyser : c'est le seul moyen de connaître sa teneur en sucres. Le niveau à viser se fixe avec votre vétérinaire.

Où faire analyser du foin en Wallonie ?

Dans un laboratoire agricole provincial du réseau Requasud, par exemple à La Hulpe, Ciney, Tinlot, Ath, Soignies ou Bastogne. Précisez que le foin est destiné à des chevaux et demandez les sucres si nécessaire.

Quelle valeur regarder en premier sur une analyse ?

Lisez toujours la colonne « sur matière sèche ». Regardez ensuite les protéines, les fibres et la digestibilité, puis les sucres si votre cheval est à risque de fourbure.

Que faire des lignes VEM, VEVI, DVE et OEB sur un bulletin belge ?

Rien : elles servent à rationner des bovins. Pour un cheval, regardez la matière sèche, les protéines brutes, la cellulose brute, la digestibilité et les minéraux, et demandez les sucres en plus.

Peut-on donner du foin tout juste récolté ?

Oui, s'il a été pressé bien sec. Glissez la main au cœur d'une botte : si elle est tiède ou chaude, attendez. Dans tous les cas, mélangez-le à l'ancien foin pendant la transition.

Du foin de l'année d'avant est-il encore bon ?

Oui, s'il a été stocké au sec et à l'abri. Il garde ses protéines et son énergie mais perd une partie de ses vitamines A et E. Vérifiez l'odeur et la poussière, et parlez d'un complément vitaminé avec votre vétérinaire si le cheval ne va plus au pré.

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