Qu'est-ce que la myopathie atypique ?
C'est une intoxication qui frappe les équidés au pré : chevaux, poneys, ânes, et même zèbres dans les parcs zoologiques. Elle survient à certaines saisons et détruit les muscles qui tiennent le cheval debout, ceux qui le font respirer et le cœur. C'est une urgence vétérinaire : elle peut tuer en 48 à 72 heures.
La maladie est aujourd'hui installée en Belgique, en France et dans toute l'Europe. Entre 2006 et 2019, plus de 3 000 cas ont été recensés dans 14 pays, dont plus de 1 200 en France et plus de 700 en Belgique.
Quelle est la cause de la myopathie atypique ?
Certains érables contiennent des toxines, surtout l'hypoglycine A et une autre molécule proche, la MCPG. Une fois mangées, l'organisme du cheval les transforme en substances qui empêchent les muscles d'utiliser les graisses comme carburant. Privés d'énergie, les muscles se détruisent.
Quels érables sont en cause ?
- Érable sycomore (Acer pseudoplatanus) : le principal coupable en Europe. Tout l'arbre est toxique, mais les intoxications viennent surtout de ses graines ailées (les samares) et de ses jeunes pousses.
- Érable negundo (Acer negundo) : un érable venu d'Amérique du Nord, envahissant, responsable des cas aux États-Unis et présent aussi en France. Il est toxique pour les chevaux.
- Érable plane (Acer platanoides) et érable champêtre (Acer campestre) : ils ne sont pas reconnus comme toxiques. Une étude aux Pays-Bas n'a pas trouvé la toxine dans les échantillons analysés, mais ce n'est pas une garantie.
- Certains érables d'ornement, comme l'érable du Japon ou l'érable à sucre, ont été testés positifs.
Par où la toxine arrive-t-elle ?
Les graines et les jeunes pousses restent la source principale, mais pas la seule :
- Les fleurs de sycomore : surtout quand elles tombent après de fortes pluies ou un coup de vent.
- L'eau : quand des fleurs ou des graines tombent dedans, par exemple l'eau de pluie récupérée sur un toit situé sous un érable au printemps.
- Le foin : s'il contient des graines ou des jeunes pousses, il reste toxique pendant des mois, voire des années.
- Les feuilles mortes de sycomore tombées au sol.
À quelles saisons le risque est-il le plus élevé ?
La maladie arrive par vagues, deux fois par an. Environ trois cas sur quatre surviennent en automne, un sur quatre au printemps.
- En automne : les graines tombent, à maturité ou pendant les tempêtes. Presque tous les cas d'automne ont lieu entre le 1er octobre et le 31 décembre. Voir le cheval en automne.
- Au printemps : les graines tombées au sol germent, et ce sont alors les jeunes pousses qui intoxiquent. Presque tous les cas de printemps ont lieu entre le 1er mars et le 31 mai. Voir le cheval au printemps.
Retenez deux périodes de vigilance de trois mois : à partir de mars et à partir d'octobre.
Quels chevaux sont les plus exposés ?
- Ceux qui passent beaucoup de temps au pré : presque tous les chevaux touchés étaient au pâturage, et la grande majorité y restaient plus de six heures par jour. Être au pré jour et nuit augmente le risque.
- Les jeunes, et les chevaux en état normal à maigre. Mais les plus âgés ne sont pas épargnés : les moins de 3 ans représentaient 71 % des cas en 2006, et 36 % plus récemment.
- Les chevaux qui ne travaillent pas.
- Ceux dont le pré est à risque : prairie humide, en pente ou traversée par un cours d'eau, présence d'arbres, feuilles mortes accumulées, bois mort, fumier épandu, cheval déjà mort sur la même parcelle.
- Ceux qui ne reçoivent rien d'autre que l'herbe au pré, ou seulement du foin en automne.
- Par mauvais temps : tempêtes, fortes pluies et vent font tomber fleurs et graines. Le gel et le piétinement abîment l'enveloppe des graines, qui libèrent alors plus facilement leur toxine.
Attention : pas de sycomore dans votre pré ne veut pas dire pas de risque. Le vent emporte les graines à plus de 200 mètres de l'arbre.
Quels sont les symptômes de la myopathie atypique ?
Les signes apparaissent brutalement. Les plus fréquents :
- Des urines foncées.
- Faiblesse et raideur : le cheval refuse d'avancer.
- Des tremblements ou des contractions musculaires.
- Un cheval abattu, tête basse.
- Un cheval couché qui n'arrive pas à se relever.
- De la sueur, des muqueuses rouges, mais une température normale.
- Du mal à avaler : la nourriture ressort par les naseaux.
- Du mal à respirer, un cœur rapide ou irrégulier.
On la confond souvent avec une colique ou un coup de sang. Un indice : le cheval garde souvent l'appétit et continue à faire des crottins. Certains chevaux sont retrouvés morts sans aucun signe avant.
Que faire si vous suspectez une myopathie atypique ?
Il n'existe aucun traitement à donner soi-même : seul le vétérinaire peut prendre en charge le cheval. Aucune plante ne soigne cette intoxication ; lisez le guide utiliser les plantes sans risque pour comprendre leurs limites.
- Appelez immédiatement votre vétérinaire ou le vétérinaire de garde. Dites-lui qu'il y a des érables autour du pré.
- Ne donnez pas d'anti-inflammatoire de vous-même : les reins du cheval sont déjà en danger, et le choix des antidouleurs revient au vétérinaire.
- Rentrez les autres équidés du même pré, loin des graines et des jeunes pousses, et faites-les examiner : un compagnon de pré peut être touché sans montrer de signes.
- Inspectez le pré à la recherche de graines ou de jeunes pousses de sycomore, et prenez-les en photo.
Le vétérinaire soutient le cheval le temps que ses muscles récupèrent : perfusions, antidouleurs et soins de soutien. L'état du cheval s'aggrave souvent pendant les 24 à 48 premières heures, même une fois sorti du pré.
Quelles sont les chances de survie ?
Elles restent faibles. En Europe, environ trois chevaux touchés sur quatre en meurent (74 % en moyenne), avec de grosses différences selon les pays et les années, de 43 % à 97 %. Parmi les chevaux hospitalisés, la mortalité tombe à 44 %, sans doute parce que les cas moins graves arrivent plus souvent à la clinique.
Quelques repères sur le pronostic :
- Un cheval qui reste debout a de meilleures chances.
- Le cœur et la respiration : quand ces muscles sont touchés, c'est plus grave que quand seuls les muscles de la posture le sont.
- La douleur : si elle est sévère et impossible à soulager, l'euthanasie peut être le choix le plus humain.
- Le cinquième jour : la plupart des chevaux encore en vie à ce stade récupèrent, parfois lentement et pas toujours complètement.
Les analyses de sang des enzymes musculaires (CK) ne disent pas si le cheval va survivre : certains s'en sortent avec des valeurs extrêmement élevées.
Comment prévenir la myopathie atypique ?
Comme il n'existe pas de traitement spécifique, la prévention est votre meilleure protection.
Pendant les périodes à risque
- Limitez le temps au pré à moins de six heures par jour sur les prés à risque, et encore moins par mauvais temps.
- Rentrez les chevaux quand il y a des graines ou des jeunes pousses au sol, si vous le pouvez.
- Évitez le pré jour et nuit et les prés humides, y compris après de fortes pluies.
- Clôturez les zones sous et autour des sycomores.
Au pré
- Le fourrage : donnez un foin sans risque, loin des arbres et surélevé, jamais à même le sol.
- L'eau : donnez de l'eau du réseau et vérifiez souvent que les abreuvoirs ne contiennent pas de débris.
- Le sel : laissez une pierre à sel en permanence.
- Le ramassage : ramassez fleurs, graines et jeunes pousses quand c'est faisable.
- Le fumier et la herse : n'épandez pas de fumier et ne hersez pas les prés plantés ou bordés de sycomores.
- L'herbe : évitez le surpâturage et complétez avec du foin en automne et en hiver si l'herbe manque.
Pour le foin et les haies
- La fauche : ne fauchez pas pendant les périodes à risque, vérifiez s'il y a des sycomores autour des prés de fauche et pressez avant les coups de vent.
- Les haies : ne plantez pas d'érable sycomore dans une haie et n'en donnez jamais les branches à brouter.
Ce qui ne marche pas
- Faucher ou désherber : cela n'élimine pas la toxine des jeunes pousses.
- Attendre le gel : il ne détruit pas la toxine.
- Compter sur la pierre à sel : seule, elle ne protège pas. La moitié des chevaux complémentés qui ont été touchés en avaient une.
Comment reconnaître l'érable sycomore ?
Savoir reconnaître les érables autour de vos prés est la première mesure de prévention. Photos et détails dans la fiche érable sycomore.
- Érable sycomore : feuille en forme de main, à 5 lobes pointus, bordés de dents émoussées et séparés par des creux en V ; dessous vert bleuté, poilu sur les nervures. Les deux ailes de la graine forment un angle aigu.
- Sycomore ou plane ? En hiver et au printemps, regardez les bourgeons : verts chez le sycomore, teintés de rouge chez le plane. À l'automne, la graine du sycomore est ronde et renflée, celle du plane plus plate, et les ailes du plane s'écartent beaucoup plus, en angle ouvert. L'érable plane n'est pas reconnu comme toxique.
- Érable negundo : sa feuille n'est pas découpée en lobes, mais composée de 3 à 7 petites feuilles séparées (folioles).
- Érable champêtre : feuilles plus petites, aux lobes arrondis et aux bords lisses ; petites graines aux ailes alignées presque à l'horizontale.
- Jeunes pousses : elles sortent d'abord avec deux petites feuilles simples, puis deux vraies feuilles dont la forme permet de reconnaître l'espèce.
Dans le doute, considérez l'arbre comme toxique et tenez les chevaux à distance.
Le frêne, le platane et le liquidambar ont des feuilles ou des graines qui rappellent l'érable, mais ils ne sont pas connus pour provoquer la myopathie atypique. Pour les autres plantes dangereuses autour du pré, voir la rubrique plantes toxiques.
Où déclarer un cas en Belgique et en France ?
Déclarez chaque cas, même suspect : cela aide à suivre la maladie et à alerter les autres propriétaires.
En Belgique
- Université de Liège : elle coordonne la recherche et un réseau d'alerte. Son site myopathie-atypique.uliege.be permet de signaler un cas et de s'inscrire pour recevoir les alertes.
- ARSIA : en Wallonie, signalez tout cas suspect à l'ARSIA par l'intermédiaire de votre vétérinaire. En 2021, l'ARSIA prenait en charge les frais d'enlèvement et d'analyse : renseignez-vous sur les conditions actuelles.
En France
- RESPE : le réseau recueille les déclarations, surtout par les vétérinaires. Demandez au vôtre de déclarer le cas.
- VigiRespe : l'outil en ligne du RESPE permet aussi aux propriétaires de signaler un équidé malade et de consulter les niveaux de risque sanitaire.
L'érable plane est-il dangereux pour les chevaux ?
A priori non. L'érable plane et l'érable champêtre ne sont pas reconnus comme toxiques pour les équidés. Les érables à surveiller sont le sycomore et le negundo. Dans le doute, considérez l'arbre comme toxique.
Comment distinguer l'érable sycomore de l'érable plane ?
En hiver et au printemps, regardez les bourgeons : verts chez le sycomore, teintés de rouge chez le plane. À l'automne, la graine du sycomore est ronde et renflée et ses deux ailes forment un angle aigu ; celle du plane est plus plate, avec des ailes très écartées. En cas de doute, considérez l'arbre comme toxique et tenez les chevaux à distance.
Mon pré n'a pas de sycomore : mon cheval est-il à l'abri ?
Pas forcément. Le vent emporte les graines à plus de 200 mètres. Inspectez aussi les bordures, les fossés et les arbres des terrains voisins.
Le foin peut-il transmettre la myopathie atypique ?
Oui. Un foin qui contient des graines ou des jeunes pousses de sycomore reste toxique pendant des mois, voire des années. Ne fauchez pas pendant les périodes à risque et vérifiez s'il y a des sycomores autour des prés de fauche.
Faucher ou désherber le pré suffit-il à éliminer les jeunes pousses ?
Non. Ni la fauche, ni les désherbants, ni le gel ne détruisent la toxine. Le plus efficace reste d'empêcher les chevaux d'accéder aux zones contaminées.
Les ânes peuvent-ils être touchés ?
Oui. Ils représentent un peu moins de 2 % des cas. Tous les équidés au pré sont concernés.
Sources
Votion D.-M. et al. (2020). Answers to the frequently asked questions regarding horse feeding and management practices to reduce the risk of atypical myopathy. Animals, 10(2), 365. mdpi.com
Université de Liège : myopathie atypique, cause de la maladie. myopathie-atypique.uliege.be
Université de Liège : myopathie atypique, pronostic. myopathie-atypique.uliege.be
Votion D., Marcillaud Pitel C. (2024). L'érable sycomore, fiche RESPE. respe.net (PDF)
Votion D. (2024). Equipedia : la myopathie atypique. IFCE. notice AGRIS
ARSIA (2021). ARSIA Infos, avril 2021 : myopathie atypique. arsia.be (PDF)
Lupo C. (2022). Les défis de la surveillance, RESPE. IFCE. ifce.fr (PDF)
Durham A. (2015). Seasonal pasture myopathy: update on current threat. Vet Times. vettimes.co.uk (PDF)
Royal (Dick) School of Veterinary Studies (2023). Equine Hospital Newsletter, hiver 2023. vet.ed.ac.uk (PDF)
Westermann C. M., van Leeuwen R., van Raamsdonk L. W. D., Mol H. G. J. (2016). Hypoglycin A concentrations in maple tree species in the Netherlands and the occurrence of atypical myopathy in horses. Journal of Veterinary Internal Medicine, 30(3), 880-884. research.wur.nl
Jardin botanique de l'Université de Fribourg (2016). Les érables du Jardin botanique de Fribourg. unifr.ch (PDF)
Trees and Shrubs Online : Acer pseudoplatanus ; Acer platanoides ; Acer campestre.
Photo : Auró Acer pseudoplatanus samaras, Auró, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0