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L’emphysème du cheval, aujourd’hui appelé asthme équin sévère, est la cause la plus fréquente de maladie respiratoire chronique chez le cheval adulte. Il touche environ 15 % des chevaux de plus de 7 ans, principalement ceux vivant en box ou exposés à un environnement poussiéreux. Toux chronique, ligne de pousse, intolérance à l’effort : la maladie est invalidante mais sa progression peut être stoppée. La gestion de l’environnement reste le pilier numéro un, soutenue par un traitement vétérinaire en crise et par certaines plantes en accompagnement.
Le terme « emphysème » reste très utilisé par les propriétaires, mais il a été abandonné par la communauté vétérinaire depuis le consensus de l’American College of Veterinary Internal Medicine en 2016. Au sens strict, l’emphysème désigne une destruction des alvéoles pulmonaires : ce n’est pas le mécanisme de cette maladie, qui repose sur une inflammation des voies respiratoires profondes, potentiellement réversible si elle est prise tôt.
Aujourd’hui, on parle d’asthme équin, qui regroupe deux degrés de sévérité :
Une forme particulière, l’asthme sévère lié au pâturage, est déclenchée par les pollens et les moisissures de l’herbe. Elle apparaît au début de l’été et nécessite une gestion inverse, en rentrant le cheval pendant les pics polliniques. Les deux formes ne sont pas un continuum obligatoire : un cheval ayant fait de l’asthme léger jeune ne développera pas forcément un asthme sévère plus tard.
L’asthme équin sévère se manifeste par une combinaison de signes plus ou moins marqués.
Toux chronique : sèche au début, parfois grasse, déclenchée à l’effort ou au repos. Attention, 38 % des chevaux atteints d’asthme sévère ne toussent pas, ce qui rend le diagnostic difficile.
Ligne de pousse : contraction visible des muscles abdominaux à l’expiration, formant un sillon le long du flanc. Signe pathognomonique de la forme sévère.
Dyspnée expiratoire : respiration laborieuse en deux temps, naseaux dilatés au repos, parfois respiration costo-abdominale.
Jetage nasal : variable, généralement blanchâtre, à différencier d’une infection qui donnerait un jetage jaunâtre.
Intolérance à l’effort : récupération anormalement lente après le travail.
Bruits respiratoires anormaux : sifflements, crépitements à l’auscultation. Mais dans environ 50 % des cas d’asthme sévère, l’auscultation seule ne suffit pas. Le diagnostic de référence reste le lavage broncho-alvéolaire réalisé par un vétérinaire.
L’asthme équin se déclenche quand les voies respiratoires du cheval réagissent de façon excessive à ce qu’il respire. Trois grands types de facteurs sont en cause : l’environnement, la génétique et l’âge.
Le grand coupable, c’est le foin et la paille. Quand ils sont poussiéreux, ils relâchent dans l’air une multitude de petites particules : poussières fines, spores de moisissures (notamment le célèbre Aspergillus, qui se développe dans les foins humides), résidus de bactéries et débris végétaux. Chez un cheval prédisposé, ces particules irritent les bronches et déclenchent une inflammation qui finit par devenir chronique.
Plusieurs éléments du quotidien aggravent l’exposition : un box mal ventilé où l’air stagne, la litière de paille beaucoup plus poussiéreuse que les copeaux, le fait de balayer ou de souffler les allées en présence du cheval, une carrière sèche qui projette de la poussière. Pour la forme estivale, ce sont les pollens et les moisissures de l’herbe qui prennent le relais.
Les poulains nés de parents atteints d’asthme sévère ont plus de risques de développer la maladie : deux régions du génome équin ont été identifiées comme liées à cette prédisposition (Jost et al., 2007). L’asthme sévère apparaît le plus souvent après 7 ans et sa fréquence augmente avec l’âge. Selon une étude française, plus de 60 % des trotteurs référés pour contre-performance présentaient de l’asthme équin modéré (Richard et al., 2010).
Aucun traitement, aussi puissant soit-il, ne fonctionnera durablement sans une modification radicale de l’environnement du cheval. C’est le pilier non négociable de la prise en charge.
Le foin sec ordinaire est la première source d’exposition aux poussières chez un cheval en box. Deux solutions existent pour le rendre plus respirable, mais elles ne se valent pas et ne s’utilisent pas dans les mêmes situations.
Le principe est d’immerger le foin dans l’eau pour que les particules respirables se déposent dans l’eau au lieu d’être inhalées par le cheval.
Pour réduire la poussière (asthme pur), 10 à 30 minutes de trempage suffisent à éliminer environ 90 % des particules respirables. Inutile d’aller plus loin pour cet objectif.
Pour réduire les sucres (asthme + fourbure ou Cushing ou syndrome métabolique), c’est là que la durée doit s’allonger, car les sucres et les fructanes sont solubles dans l’eau mais lentement. Un trempage de 30 à 60 minutes en eau froide enlève environ 30 % des sucres solubles.
Le trempage long de 8 à 12 heures, est-ce une bonne idée ? C’est une pratique courante chez les propriétaires de chevaux fourbus, mais elle pose un vrai problème. Plusieurs études (Moore-Colyer, 2015 ; Wyss et Pradervand, 2016) ont montré que le trempage prolongé augmente significativement la charge bactérienne du foin, parfois au-dessus du seuil de sécurité de 20 µg/g. Pour un cheval déjà asthmatique, c’est contre-productif : on remplace un problème de poussières par un problème de bactéries, avec un risque accru de coliques et de réactions immunitaires.
Si le trempage long reste nécessaire pour gérer les sucres : par temps frais (moins de 15 °C), 8 à 10 heures maximum ; par temps chaud (plus de 20 °C), 1 à 3 heures maximum, sinon le foin commence à fermenter ; toujours à l’ombre ; distribuer immédiatement après le trempage ; renouveler l’eau à chaque trempage. L’eau de trempage ne doit pas être versée à l’égout : elle est neuf fois plus polluante que les eaux usées domestiques.
Pour les chevaux asthmatiques avec un terrain métabolique, la meilleure stratégie n’est souvent pas un trempage très long, mais le choix d’un foin naturellement pauvre en sucres : un foin tardif coupé après l’épiaison contient souvent moins de 10 % de glucides solubles.
Le principe est de passer le foin à la vapeur d’eau (entre 80 et 100 °C) dans un appareil prévu à cet effet, type Hay Gain. Avantages : élimine jusqu’à 99 % des particules respirables, tue les bactéries, les moisissures et les acariens, sans perte de nutriments. Limite : la vapeur ne réduit pas les sucres, donc pas adaptée seule pour les chevaux asthmatiques fourbus ou Cushing. Inconvénient : coût d’investissement (plusieurs centaines à plusieurs milliers d’euros).
De nombreux propriétaires fabriquent eux-mêmes leur machine à vapeur en combinant une malle de rangement étanche (achetée en magasin de bricolage) et une décolleuse de papier peint à vapeur. La malle sert de chambre, la décolleuse fournit la vapeur. De nombreux plans et tutoriels sont disponibles en ligne en cherchant « foin vapeur maison » ou « DIY hay steamer ». Compter environ 60 à 100 € pour le matériel. Précautions : utiliser une malle adaptée à la chaleur, sécuriser les raccordements électriques en milieu humide, ne jamais laisser fonctionner sans surveillance.
Pour un cheval asthmatique sans souci métabolique, la vapeur est l’idéal et le trempage court (10 à 30 minutes) une bonne alternative économique. Pour un cheval asthmatique avec fourbure, Cushing ou syndrome métabolique, il faut combiner un foin pauvre en sucres avec un trempage de 30 à 60 minutes.
Donner le foin au sol, jamais dans un filet à hauteur. Le filet à foin multiplie par plus de quatre l’exposition aux particules dans la zone respiratoire du cheval. Remplacer la paille par des copeaux de bois dépoussiérés, des pellets de bois ou du chanvre.
Maintenir un box bien aéré en permanence, été comme hiver. Calfeutrer en hiver pour garder la chaleur est désastreux pour un cheval asthmatique : mieux vaut une couverture supplémentaire qu’un box étanche. Ne jamais utiliser de souffleur dans les allées quand un cheval asthmatique est présent : il remet en suspension des quantités énormes de poussières et de spores. Préférer le balai, en l’absence du cheval. Sortir le cheval pendant le curage des box voisins. Mettre au paddock le plus longtemps possible, voire en vie au pré pour les cas les plus marqués.
La carrière doit être correctement humidifiée avant chaque séance, surtout en été. Échauffer progressivement, plus longuement qu’un cheval sain. Pas de filet à foin dans le van : le confinement combiné aux poussières est l’un des pires environnements pour un cheval asthmatique.
Pour les chevaux dont l’asthme se déclenche au pâturage l’été, c’est l’inverse de la consigne classique : il faut rentrer le cheval pendant les pics polliniques (généralement de juin à octobre), surtout aux heures où la concentration est la plus élevée. Des filets de protection nasale ou des masques anti-particules pour chevaux existent dans le commerce. Ils peuvent apporter un confort sur le principe d’une barrière physique, mais leur efficacité réelle en asthme équin n’a pas été formellement étudiée chez le cheval.
En crise, le traitement vétérinaire n’est pas optionnel : la phytothérapie ne peut pas s’y substituer.
Les corticoïdes restent le traitement anti-inflammatoire de référence, par voie systémique (prednisolone, dexaméthasone) ou par inhalation (béclométasone, fluticasone, budésonide via nébuliseur). L’inhalation est à privilégier pour les traitements au long cours.
Les bronchodilatateurs (clenbutérol, Ventipulmin®) ouvrent les voies respiratoires en relâchant les muscles lisses bronchiques. Effet rapide, utile en crise sévère. L’acétylcystéine peut être prescrite pour fluidifier les sécrétions. Aucun de ces traitements ne se commence ou ne s’arrête sans avis vétérinaire.
Les plantes interviennent en soutien, jamais en substitution du traitement vétérinaire. Elles sont les plus utiles en dehors des crises, pour soutenir le terrain inflammatoire chronique et fluidifier les sécrétions.
Les mucilages apaisent les muqueuses irritées et aident à fluidifier le mucus épais.
C’est la complémentation alimentaire qui dispose des données les plus solides chez le cheval asthmatique. L’étude de référence (Nogradi et al., 2015) a évalué l’effet d’une supplémentation en oméga 3 (1,5 g de DHA par jour pendant 2 mois) chez 43 chevaux atteints d’asthme équin modéré ou sévère, en complément d’un environnement pauvre en poussières. Résultats : diminution de 60 % de la toux, réduction de 48 % de l’effort respiratoire, baisse significative de la neutrophilie alvéolaire.
L’huile de lin est la source d’oméga 3 la plus accessible et la mieux tolérée chez le cheval. La dose pratique recommandée est d’environ 100 ml par jour répartis sur les repas, pendant au moins 4 semaines avant d’observer un effet. Point critique : la supplémentation en oméga 3 n’a montré son efficacité qu’en complément d’une gestion environnementale stricte. Donnée seule, son effet reste marginal.
L’asthme équin est une maladie chronique sérieuse. En crise aiguë, seuls les bronchodilatateurs et les corticoïdes peuvent ouvrir rapidement les voies respiratoires. Une crise sévère peut engager le pronostic vital. La gestion de l’environnement est le levier le plus puissant : aucune plante ne compensera un foin poussiéreux distribué dans un filet, dans un box mal ventilé. Le diagnostic vétérinaire précis (lavage broncho-alvéolaire) est nécessaire pour adapter le protocole, et les lésions chroniques installées ne sont pas réversibles par les plantes.
L’objectif réaliste de la phytothérapie est de soutenir le terrain entre les crises, de réduire la fréquence des épisodes et d’améliorer le confort respiratoire au quotidien, pas de guérir la maladie.
Les huiles essentielles riches en phénols (thymol, carvacrol, présents dans le thym à thymol et l’origan) sont à éviter en pure inhalation chez un cheval en crise non contrôlée : elles peuvent paradoxalement aggraver la bronchoconstriction. Préférer les infusions de plantes sèches par voie orale.
La réglisse contient de la glycyrrhizine, qui a un effet minéralocorticoïde (rétention de sodium, perte de potassium). Limiter les cures à 2 à 3 semaines maximum. À éviter chez les chevaux cardiaques ou Cushing.
Toujours prévenir le vétérinaire des plantes données : la réglisse peut potentialiser l’effet de la cortisone, ce qui modifie les dosages. Les chevaux sensibles à la dermite estivale ont souvent un terrain immunitaire commun avec l’asthme : une gestion globale de l’inflammation est utile.
L’asthme équin sévère ne se guérit pas, mais une rémission complète des signes cliniques est possible avec une gestion environnementale stricte et un traitement adapté. Si la maladie a évolué longtemps sans prise en charge, des lésions chroniques peuvent persister. La précocité de la prise en charge est le principal facteur pronostique.
Oui dans la grande majorité des cas. La vie au pré améliore radicalement les signes cliniques en réduisant l’exposition aux poussières du foin et de la paille. L’exception est l’asthme équin sévère lié au pâturage : dans cette forme, il faut au contraire rentrer le cheval pendant les pics polliniques de juin à octobre.
Oui, mais à condition d’être donnée en complément d’un environnement pauvre en poussières. L’étude Nogradi et al. 2015 a montré une diminution de 60 % de la toux et de 48 % de l’effort respiratoire chez 43 chevaux supplémentés à raison de 1,5 g de DHA par jour pendant 2 mois, soit environ 100 ml d’huile de lin par jour, avec des effets observables après 4 semaines.
Les huiles essentielles riches en phénols (thymol, carvacrol du thym à thymol et de l’origan) en inhalation directe chez un cheval en crise non contrôlée. La réglisse doit être limitée à des cures courtes de 2 à 3 semaines. Toute supplémentation doit être signalée au vétérinaire.
L’asthme équin sévère apparaît le plus souvent après 7 ans. Les formes légères à modérées peuvent toucher les chevaux plus jeunes, en particulier les chevaux de course. Selon une étude française, plus de 60 % des trotteurs référés pour contre-performance présentaient de l’asthme équin modéré (Richard et al., 2010).
Une toux qui n’apparaît qu’à l’effort est l’un des premiers signes d’asthme équin léger à modéré. Une consultation vétérinaire avec endoscopie ou lavage broncho-alvéolaire permet de poser le diagnostic précocement et maximise les chances de rémission complète.
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